Endettement à la diète
Source : Protégez-vous.ca
http://www.protegez-vous.ca/affaires-et-societe/un-durcissement-des-regles-demprunt-hypothecaire.html
Paru le 20 janvier 2011 Par Priscilla Franken
Le gouvernement fédéral a annoncé un durcissement des règles d’emprunt hypothécaire. Le point sur ce qui change.
Photo: iStockphoto
Le 17 janvier, trois nouvelles mesures sont venues modifier les règles de l’emprunt hypothécaire au Canada.
Elles concernent la période maximale d’amortissement, le refinancement d’une hypothèque, et les marges de crédit garanties par des propriétés.
Voyons tout cela de plus près:
Prêts hypothécaires garantis par la SCHL
Ils auront un amortissement maximal de 30 ans, contre 35 ans auparavant. Rappelons que ce sont les emprunteurs qui ne peuvent déposer une mise de fonds de 20 % qui ont l’obligation de souscrire cette assurance.
Est-ce à dire que ceux qui sont en mesure de verser ladite mise de fonds pourront continuer à bénéficier d’un amortissement de 35 ans? Pas forcément, estime Jean-François Vinet, analyste des services financiers chez Option consommateurs: «En théorie, les institutions financières pourraient le faire. Mais en pratique, je pense qu’elles vont respecter la limite de 30 ans dans tous les cas de figure.»
À ses yeux, cette mesure est très positive, car elle devrait encourager les consommateurs à épargner davantage et leur permettre d’économiser sur les intérêts. «Certes la capacité d’emprunt est réduite, mais le montant d’intérêts payés aussi, puisque plus la période d’amortissement est courte, plus les intérêts sont bas», rappelle-t-il.
Marges de crédit garanties par des propriétés
Elles ne seront plus assurées par le gouvernement. «Si le gouvernement n’assure plus ce produit, il devient plus risqué pour les banques. On peut en déduire qu’il sera accordé moins facilement, voire qu’il sera retiré», commente Jean-François Vinet.
Il souligne en outre que l’utilisation des marges de crédit a explosé ces dernières années, ce qui a eu pour effet d’accroître le niveau d’endettement des consommateurs. Bref, il se réjouit de voir cet incitatif à l’emprunt freiné.
Refinancement hypothécaire
Dans le cadre d’un refinancement hypothécaire, le montant d’emprunt maximum est dorénavant fixé à 85 % de la valeur de la maison, contre 90 % auparavant.
«Ce changement est lui aussi très positif, c’est certain. Le consommateur pourra emprunter moins, donc sa capacité à s’endetter se voit réduite», note Jean-François Vinet.
Il conclut que ces trois mesures vont dans la bonne direction, mais considère que pour diminuer l’endettement des Canadiens, une stratégie plus globale, à savoir qui concerne l’ensemble des produits proposés par les banques, est nécessaire.
Entrée en vigueur
Les rajustements qui concernent la période d’amortissement et la garantie de l’assurance hypothécaire entreront en vigueur le 18 mars 2011. L’élimination de la garantie d’assurance du gouvernement relative aux marges de crédit hypothécaires prendra effet le 18 avril 2011.
Et si les banques devenaient responsables?
Reste une question en suspens: pourquoi les institutions financières accordent-elles des montants parfois très élevés au regard des revenus des emprunteurs? «Les critères d’accès à l’emprunt hypothécaire sont très permissifs, c’est pourquoi les consommateurs peuvent obtenir beaucoup d’argent, explique Jean-François Vinet. En fait, l’indicateur utilisé par les banques pour établir ces critères leur permet de mesurer le risque qu’elles prennent, elles.»
Qui n’a rien à voir avec le risque que vous, vous prenez! «En règle générale, si les consommateurs utilisent le maximum que leur banque est prête à leur accorder, ils ont de fortes chances de se retrouver sans aucune marge de manœuvre en cas d’imprévu», poursuit-il.
Au final, les banques ne devraient-elles pas prendre leur part de responsabilité face au surendettement des consommateurs? «Pour l’heure, elles n’en ont aucune! Donc oui, c’est une idée à envisager. Cela permettrait aux institutions d’établir des critères d’emprunt plus pointus et des portraits d’emprunteurs plus détaillés. Car c’est sur le plan du calcul de la capacité maximale d’emprunt qu’il faut agir selon moi», estime le spécialiste.
Garder les pieds sur terre
Un conseil: pour éviter de vous laisser séduire par les rêves de grandeur, établissez votre propre budget avant même de prendre rendez-vous avec un conseiller financier. Une fois vos limites fixées, il sera plus facile de garder les pieds sur terre.
«Sans perdre de vue que celui qu’on appelle conseiller financier n’est pas un conseiller, mais un vendeur», conclut Jean-François Vinet.
En chiffres
Selon une enquête réalisée par la SCHL, 80 % des emprunteurs ont choisi une période d’amortissement de 25 ans ou moins en 2010.
Un chiffre que confirme une autre étude, publiée par l’Association canadienne des conseillers hypothécaire accrédités en novembre 2010: elle indique qu’«une minorité faible (mais croissante) d’emprunteurs (22 %) a des périodes d’amortissement de plus de 25 ans, alors que cette part était de 18 % l’an dernier et de 16 % il y a deux ans. La plupart des prêts hypothécaires (78 %) ont des périodes d’amortissement de 25 ans ou moins».